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jeudi, juillet 01, 2004

Lapins, lapins, lapins -- lièvres, lièvres, lièvres 

Le 1er de chaque mois, c'est une tradition dans la maison de ma mère, les premiers mots prononcés sont forcément: "rabbits, rabbits, rabbits". A cette phrase mystérieuse tout interlocuteur est invariablement tenu de répondre : "hares, hares, hares" (traduction en titre). C'était - c'est toujours - une façon de se souhaiter bonne chance pour le mois. Petite superstition héritée de la famille russo-prusso-viennoise de ma mère, trop multi-confessionnelle (juive-protestante-orthodoxe-athée) pour ne pas céder à ce genre d'hérésie. Le sens de cet exorcisme animalier m'échappe complètement, mais c'est de toute évidence son incongruité qui fait son charme... et sans doute son efficacité.
En tout cas, les lapins et les lièvres de juillet ont semble-t-il oeuvré de concert, car nous venons d'apprendre que la Ville de Genève nous a attribué une subvention pour l'écriture de notre scénario "Une Journée", ce qui porte à 4 (Berne, TSR, Plan Média, Ville de Genève) les aides accordées à ce projet par des institutions hélvétiques. Voilà qui est tout de même de bon augure.
Un autre prodige de ce 1er juillet, dans un genre bien différent, je le concède, consiste en la victoire de la Grèce contre la Tchéquie dans la seconde demi-finale de l'Euro 2004. Il est tout de même assez piquant de penser que l'ultime match de ce tournoi sera disputé précisément par ceux qui l'ont ouvert. Ainsi, donc, les glorieux Portugais rencontreront à nouveau les farouches Grecs, et l'on est en droit de se demander si les lois de la symétrie voudraient que le résultat fût le même, ou au contraire, qu'il fût inversé. Tout est là, dans ce dilemme quasi mathématique.
En attendant, la lutte pour l'écriture d'un bon scénario continue.
Certains amis m'ont fait observer que mes scrupules à en dire plus sur ce projt de long-métarge leur paraissaient plutôt infondés. Je prends acte et m'engage donc à parler mieux et plus en profondeur de "Une Journée" lors d'un blog suivant.

jeudi, juin 24, 2004

Birthday 

Aujourd'hui, 23 juin, j'ai 41 ans.
J'ai reçu un vélo bleu et un casque noir.
Je file dans Paris, heureux comme un gosse.
Une seule hantise: quand le volera-t-on?

naissance d'un site 

Aujourd'hui, le site est lancé. Je prépare des dizaines de courriels et de cartes postales pour annoncer la nouvelle.
A part ça, je poursuis la rédaction du scénario de mon prochain film, "Une Journée", que j'écris avec Noémie Kocher (l'actrice de "Le Roi en son Moulin" et "Rachel et ses amours", voir la section téléfilms). C'est son premier projet en tant qu'auteur ? et elle m'amène beaucoup. Ce scénario est le fruit de 2 ans de réflexion, à la suite de la sortie de "Aime ton Père" sur les écrans. Difficile de parler du contenu pour l'instant ? un cinéaste a toujours peur de se faire doubler sur la ligne de départ par un projet trop ressemblant. Mais le film devrait être tourné en Suisse, dans les fameuses "cités satellite" autour de Genève, ces banlieues conçues dans les années '60 qui ont un look d'enfer. On dirait des tableaux hyperréalistes des années 70. Avec ce gazon désuet, cette architecture d'inspiration cubiste, ces étendues ou le gris se décline à l'infini. La nuit, ces villes ressemblent à des stations orbitales abandonnées, notamment celles qui bordent l'aéroport. On pense à "Solaris". Contrairement aux banlieues françaises, les cités suisses ne sont pas traversées par la violence, la haine des classes et des races. Bien sûr, il y a des tensions, les choses ont changé depuis les années 70, mais fondamentalement, c'est une classe moyenne, intégrée, professionnellement active qui peuple ces périphéries. C'est un film sur une réalité suspendue, hyperréelle, où les sensations prennent le pas sur la réalité. Cronenberg avait traité de ce genre de choses dans le début de son chef d'oeuvre, "Crash", notamment dans les séquences où Debra Unger contemple l'autoroute depuis le balcon de son HLM de banlieue. On ne sait plus ce qui est réel. Les personnages, les expériences, les sensations se transforment au fil du temps comme dans un rêve. Dans cette histoire, trois personnages, une mère, un homme (son mari) et un petit garçon (son fils) vivent chacun la même journée. Ils se croisent parfois, mais ne le savent que rarement. Plutôt, ils suivent un destin dramatique qui va conduire à leur séparation, puis à leurs retrouvailles. Durant cette journée, tout aura changé, et pourtant tout restera comme avant.
Ça paraît alambiqué? C'est normal! je ne veux pas en parler trop précisément pour l'heure.
Nous avons touché l'aide du plan Média, de l'Office Fédéral de la Culture (Suisse) et de la Télévision Suisse Romande! Nous avons donc de quoi écrire sans trop se soucier du loyer.
Plus de détails dans les jours à venir?

jeudi, avril 15, 2004

Life + Debt 

Aujourd'hui, passé du temps avec Stephanie Black, la réalisatrice de "Life + Debt", qui passe en ce moment au Cinéma des Cinéastes. Nous nous connaissons depuis longtemps, depuis l'époque où nous étudiions à la NYU Film School. Comme moi, Stéphanie fait des films qui sont reconnus, en tant qu'œuvres, mais la reconnaissance ne nous atteint pas nous-mêmes, en tant que cinéastes. C'est un subtil distingo. Nous sommes, avec des milliers d'autres cinéastes, acteurs, auteurs dans les limbes du cinéma international. Ni au paradis, ni en enfer: au milieu!

jeudi, avril 08, 2004

Hier: la cité de dieu 

Hier soir, sur Canal, "La Cité de Dieu". Je ressors lessivé, secoué, à la fois triste et joyeux, comme après une bagarre à coups de poing. Je suis impressionné par l'inventivité et la maîtrise visuelles. Par la direction d'acteurs, aussi, si parfaite qu'on ne peut pas croire une seconde qu'il s'agit d'acteurs. Et pourtant, tout est hyper-filmé, hyper-découpé, hyper-éclairé, hyper-produit. Je suis bouleversé par la violence de certaines scénes aussi, notamment celle de l'exécution du Minus, un môme trash d'à peine 9 ans, par un autre jeune garçon aux ordres de Petit Zé. Zé est l'incarnation du mal et pourtant c'est moi, je me reconnais en lui, je suis Zé, Fusée, Bédé, je suis tout le monde.
Moi, je fais un cinéma si différent, mes ambitions sont si complètement différentes que ça m'en donne le vertige.
J'écris un film où il ne se passe presque rien. Juste des regards, des gestes insignifiants, et pourtant pleins de mystère ou d'émotion. Avec le temps, je remarque que ce qui me touche au cinéma, ce n'est pas ce qui se passe, ni ce qui se dit, mais les yeux des acteurs. D'ailleurs, comme par hasard, les affiches de mes films ne sont que des regards d'acteurs.