Hier soir, sur Canal, "La Cité de Dieu". Je ressors lessivé, secoué, à la fois triste et joyeux, comme après une bagarre à coups de poing. Je suis impressionné par l'inventivité et la maîtrise visuelles. Par la direction d'acteurs, aussi, si parfaite qu'on ne peut pas croire une seconde qu'il s'agit d'acteurs. Et pourtant, tout est hyper-filmé, hyper-découpé, hyper-éclairé, hyper-produit. Je suis bouleversé par la violence de certaines scénes aussi, notamment celle de l'exécution du Minus, un môme trash d'à peine 9 ans, par un autre jeune garçon aux ordres de Petit Zé. Zé est l'incarnation du mal et pourtant c'est moi, je me reconnais en lui, je suis Zé, Fusée, Bédé, je suis tout le monde.
Moi, je fais un cinéma si différent, mes ambitions sont si complètement différentes que ça m'en donne le vertige.
J'écris un film où il ne se passe presque rien. Juste des regards, des gestes insignifiants, et pourtant pleins de mystère ou d'émotion. Avec le temps, je remarque que ce qui me touche au cinéma, ce n'est pas ce qui se passe, ni ce qui se dit, mais les yeux des acteurs. D'ailleurs, comme par hasard, les affiches de mes films ne sont que des regards d'acteurs.